Une histoire dans l’Histoire

Ils et elles ont vécu les évolutions de votre commune … découvrez leur histoire !

Projet photo réalisé pour le CCAS de la commune de Le Gua en Isère en octobre 2023. Je suis allée à la rencontre de douze habitants de plus de 80 ans des trois hameaux pour recueillir leur témoignage sur la vie d’hier et d’aujourd’hui à travers leur histoire.

Passeurs de mémoire #10

couple de nonagénaire dans leur salon souriant, un arbre généalogique est en arrière plan

éhère Yvonne et cher Guido,

Vous me reconnaîtrez : c’est la dame « venue vous faire parler » qui vous écrit aujourd’hui.

Plusieurs fois Yvonne a répété « je me suis mariée et j’ai traversé le pont » ; cela semble à la fois si simple et si évident. Vous, née à Usine Nord au Genevrey qui rejoignez Guido, né à l’Hôtel moderne, place de la cascade aux Saillants. Pas besoin d’aller bien loin pour trouver l’amour. Vous vous mariez donc après avoir obtenu l’autorisation de vos parents puisqu’à l’époque la majorité est à 21 ans et que vous ne les avez pas encore.

En remontant quelques années en arrière, Yvonne, vous allez travailler avec Mireille au préventorium après avoir passé votre certificat. « On montait à Prélenfrey avec le laitier ». Ensuite, c’est depuis votre domicile que vous réalisez des ouvrages de couture, notamment des rideaux pour le compte d’un matelassier de Vif. Ces rideaux, il faut ensuite aller chez les clients pour les installer. Le reste de votre temps est consacré à la bonne tenue du foyer et à l’éducation de vos quatre enfants. Quand vous le pouvez, vous aimez aussi assister aux réunions publiques du conseil municipal.

De votre côté, Guido, vous gardez le souvenir enfant de devoir aller surveiller et brosser les vaches pendant les vacances. Une fois, alors que votre maman est souffrante, vous embarquez même votre petit frère avec vous « On était bien logés chez les paysans ». Et puis, vous rentrez chez Vicat, au bobinage.

Tous les matins, les sirènes résonnent à 6h45 dans le village : il est temps d’aller au travail. De 7h à 11h puis de 13h à 17h. Le passage aux 3-8 lors du déménagement sera difficile à vivre, particulièrement le travail de nuit. Chez Vicat, vous formez une fine équipe avec des collègues qui deviennent des amis. Un de vos loisirs ? Le football dans vos jolies tenues gris clair et bleu ciel mais aussi les boules.

Le moment vient finalement d’avoir votre propre maison. Travaillant pour l’entreprise, vous avez le droit à un certain tonnage de béton. Mais bien évidemment, la main d’œuvre n’est pas fournie ! Vous travaillez d’arrache-pied (et d’arrache-main !) pour construire votre maison. On m’a dit que Vicat prêtait aussi des bétonnières le dimanche mais qu’il fallait les rendre propres dès le lundi ? Les dimanches ne sont pas chômés chez vous, c’est certain.

Je vous sens encore très touchés de la générosité reçue à ce moment de votre vie, « je ne pourrai jamais oublier ce que les gens ont fait pour nous ». D’ailleurs, Yvonne continue de le dire aux enfants des personnes qui vous ont prêtés main forte. L’entraide et la solidarité ne sont alors pas que des valeurs mais bien une réalité dans les services donnés et rendus en fonction des compétences de chacun. Le tout, souvent conclu par un « gueuleton » convivial.

Voilà donc une soixantaine d’années que vous êtes dans la maison à l’entrée du village. Le temps où vos enfants jouaient dans la rue avec ceux des autres est loin. Le chenil de l’épagneul, fidèle compagnon de chasse aux « mouflons, bouquetins, chevreuils » de Guido est vide.

Chez vous, une photo rappelle le grand portique d’antan, installé pour les chariots de l’usine. Autant de témoins de la vie qui passe et qui change. « C’est plus pareil ». « On ne connait plus personne, les gens ils ne prennent plus le temps ». Et c’est vrai, dans cette vie qui va à mille à l’heure aujourd’hui, on ne prend plus toujours le temps des choses simples et essentielles.

Si les journées passent moins vite qu’avant, vous vous « occupez » : 9 kilos de tripes à cuisiner la semaine passée ou un ourlet pour votre petit-fils exécuté sitôt l’ouvrage déposé ! « Je râle, je râle mais ils continuent à venir me voir, c’est que c’est pas si pire ».

Guido, lui, attend patiemment les mercredis pour une petite virée aux boules.

Votre maison est devenue un « point relais » pour la famille ; on y dépose sacs de patates, chrysanthèmes et même enfants ! Yvonne, vous êtes toute gênée que j’assiste à un de ces « dépôts-retraits » mais, moi, je me sens chanceuse d’assister à ce petit tourbillon de vie.

Merci pour votre franchise, votre simplicité et votre détermination. Votre dynamisme aussi.

« Partir de rien, avoir fait ma maison, mes enfants et mes petits-enfants. Maintenant arrières-petits-enfants ». Comme dirait Guido : « voilà l’affaire ».

Mathilde

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Couple de nonagénaire souriant debout dans leur cuisine.

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